En 1815, M. Charles-François-Bienvenu Myriel était évêque de Digne. C'était un vieillard d'environ soixante-quinze ans ; il occupait le siège de Digne depuis 1806.
Quoique ce détail ne touche pas au fond de la chose, il faut, dans un intérêt d'exactitude en toute chose et de complétude en toute chose, noter ici que, avant la Révolution, M. Myriel était prêtre et curé de Brignolles. Il était noble, et, quand la Révolution arriva, n'ayant que sa soutane pour tout bien, il n'émigra point. Quelques années après 1793, deux événements graves s'étaient passés dans sa vie : son mariage, et sa veuverie. Quand il devint évêque, il était dans la soixantaine.
M. Myriel avait l'air d'un paysan ou d'un poète. Il avait soixante-quinze ans et en paraissait soixante. Il était petit, maigre et pâle. Il avait le regard doux et le parler ferme. Son visage était tanné, ses mains larges et veinées, son front ridé. Quand il souriait, c'était le soleil.
Sa sœur, mademoiselle Baptistine, était une longue personne pâle, douce, mince, qui réalisait l'idéal de ce qu'exprime le mot "respectable" ; car il semble qu'il soit nécessaire qu'une femme soit mère pour être vénérable. Elle n'avait jamais été jolie ; toute sa vie, qui n'avait été qu'une suite de saintes œuvres, avait fini par mettre sur elle une sorte de blancheur et de clarté.