Je rassemblai tous les éléments. Les notes de mon grand-oncle. Le rapport de police de Sydney. Les coupures de journaux sur la vague de cauchemars et de troubles mentaux qui avait touché des milliers de personnes dans le monde entier au même moment — mars 1925. Les récits des cultes qui vénéraient une entité endormie sous les eaux du Pacifique.
Tout concordait. L'île de Johansen correspondait à une zone où les instruments de navigation avaient signalé des anomalies géologiques — une remontée de fonds marins, une île temporairement émergée, puis disparue à nouveau sous les flots.
Cthulhu — si je pouvais me permettre d'utiliser le nom que les cultistes donnaient à cette entité — n'était pas mort. Il dormait. Il dormait depuis des millions d'années dans sa cité engloutie de R'lyeh. Et dans son sommeil, il rêvait. Et ses rêves atteignaient les esprits sensibles de certains hommes à travers toute la surface de la Terre.
L'île avait resurgi brièvement sous l'effet de quelque convulsion sous-marine. Johansen l'avait repoussé sous les eaux. Mais la créature dormait toujours.
Je terminai mon rapport, le cachetai, et le rangeai au fond d'un tiroir. Que faire d'une vérité que le monde ne peut pas entendre ? Je ne sais pas si j'ai bien fait d'écrire tout ceci. Je ne sais pas si j'ai bien fait de comprendre.