En l'année 1872, la maison portant le numéro 7 de Saville Row, Burlington Gardens — la maison dans laquelle Sheridan mourut en 1814 — était habitée par Phileas Fogg, esq., l'un des membres les plus singuliers et les plus remarqués du Reform Club de Londres, bien qu'il semblât prendre à tâche de ne rien faire qui pût attirer l'attention.
À l'un des plus grands orateurs qui honorent l'Angleterre, succédait donc ce Phileas Fogg, personnage énigmatique dont on ne savait rien, sinon que c'était un fort galant homme et l'un des plus beaux gentlemen de la haute société anglaise.
On disait qu'il ressemblait à Byron — par la tête, car il était irréprochable quant aux pieds — mais un Byron à moustaches et à favoris, un Byron impassible, qui aurait vécu mille ans sans vieillir.
Phileas Fogg était-il riche ? Incontestablement. Mais comment il avait fait fortune, c'est ce que les mieux informés ne pouvaient dire, et M. Fogg était le dernier auquel il convînt de s'adresser pour l'apprendre. Il n'était prodigue en rien, mais ni avare, car partout où il manquait un appoint pour quelque chose de grand, d'utile ou de généreux, il l'apportait silencieusement et même anonymement.
Ce jour-là, 2 octobre, il congédiait James Forster pour lui avoir apporté de l'eau à raser à quatre-vingt-quatre degrés Fahrenheit au lieu de quatre-vingt-six, et il attendait son successeur.