Jean Passepartout, ainsi surnommé pour son adresse naturelle à se tirer d'affaire, était un brave garçon, à la physionomie aimable, aux lèvres un peu saillantes, toujours prêtes à goûter ou à caresser, un être doux et serviable, avec une de ces bonnes têtes rondes qu'on aime à voir sur les épaules d'un ami.
Ses yeux étaient bleus, son teint animé, sa figure assez grasse pour qu'il pût lui-même voir les pommettes de ses joues, sa poitrine large, sa taille forte, une musculature vigoureuse, et il possédait une force herculéenne que les exercices de sa jeunesse avaient admirablement développée. Ses cheveux bruns étaient un peu ébouriffés. Si les sculpteurs de l'Antiquité connaissaient dix-huit façons d'arranger la chevelure de Minerve, Passepartout n'en connaissait qu'une pour arranger la sienne : trois coups de peigne, et c'était fait.
Que la nature de ce garçon pût s'accommoder à celle de M. Fogg, c'est ce que la plus élémentaire prudence ne permettait pas d'affirmer. Passepartout serait-il exactement ce qu'il fallait au singulier personnage qui habitait Saville Row ? On ne pouvait le savoir qu'à l'expérience. Après avoir mené une vie assez vagabonde, il cherchait un maître dont il partagerait la vie ordonnée. Avec M. Fogg, ce dont il ne doutait pas, il vivrait enfin dans la régularité parfaite.