Phileas Fogg avait gagné son pari. Les vingt mille livres sterling lui étaient remises. Il en donna dix-neuf mille à ceux qui l'avaient accompagné dans cette aventure — Passepartout et Fix inclus — et conserva mille livres pour lui.
Avait-il vraiment gagné ? En termes financiers, l'opération était nulle : il avait dépensé à peu près autant qu'il avait gagné. Mais il avait Aouda, qu'il épousa le lendemain dans la plus stricte intimité.
Passepartout était rayonnant. Il avait vu le monde en quatre-vingts jours. Il avait traversé l'Inde à dos d'éléphant, échappé aux Sioux, servi d'acrobate à Yokohama, brûlé le pont d'un cargo au milieu de l'Atlantique. Il était entré dans la légende.
Quant à M. Fogg lui-même, quel bénéfice avait-il retiré de ce voyage ? Aucun, diront les gens pratiques. D'accord. Mais n'avait-il pas gagné une charmante femme qui — aussi invraisemblable que cela puisse paraître — le rendait heureux ?
Et Passepartout, avec son bon sens de Français, concluait que le tour du monde avait été fait pour elle. Et que, toute réflexion faite, c'était le meilleur résultat possible.