Phileas Fogg avait quitté sa maison de Saville Row à onze heures et demie, et, après avoir posé cinq cent soixante-quinze fois son pied droit devant son pied gauche et cinq cent soixante-seize fois son pied gauche devant son pied droit, il arriva au Reform Club.
Il alla aussitôt dans la grande salle et s'assit à sa table habituelle où son déjeuner l'attendait. Le menu comprenait : un hors-d'œuvre de bouillon de légumes, un filet de sole à la sauce normande, un rosbif garni de champignons, une rhubarbe et gooseberry tart, un morceau de Chester cheese, quelques biscuits, et thé, beurre, pain.
La conversation roula sur l'affaire du vol de la Banque d'Angleterre — cinquante-cinq mille livres sterling qui venaient de disparaître. On discutait de l'identité du voleur, et quelqu'un ayant mentionné que les télégraphes permettaient aujourd'hui à un homme de faire le tour du monde en peu de jours, M. Fogg dit simplement :
"Je parie, messieurs, que je puis faire le tour de la globe en quatre-vingts jours."
Ses interlocuteurs se regardèrent. Vingt mille livres sterling. Fogg misait vingt mille livres — la moitié de sa fortune.
"Accepté !" dirent-ils en chœur.
M. Fogg prit dans le tiroir de son secrétaire un agenda où il nota soigneusement : Le voyage commencera le mercredi 2 octobre 1872, à 8h 45 du soir, train de Londres à Douvres. Il devra être terminé le samedi 21 décembre, à 8h 45 du soir.