Par une de ces coïncidences que la Providence seule peut arranger, l'homme qui les recueillit de l'autre côté du mur était Fauchelevent — un vieux jardinier que M. Madeleine avait autrefois sauvé d'une mort certaine en soulevant de ses bras nus la charrette renversée sur lui.
Fauchelevent était jardinier du couvent des Dames du Petit-Picpus. Il offrit à Jean Valjean de se cacher là, d'y travailler comme second jardinier. Et pour Cosette — élève interne, sous un faux nom.
Jean Valjean vécut ainsi plusieurs années dans le couvent. En paix. À l'abri. Il travaillait dans le jardin, il priait sans y croire tout à fait, et chaque jour il regardait Cosette grandir.
Cosette grandissait. Elle devenait belle. Elle ne se souvenait presque plus des Thénardier. Elle appelait Jean Valjean "père" — et ce mot, dans la bouche de cette enfant, avait pour lui une douceur qu'aucune autre chose au monde n'aurait pu lui donner.
C'était une paix fragile, provisoire, construite sur du mensonge et de la fuite. Mais c'était la première paix qu'il ait jamais connue. Et pour la première fois depuis l'évêque Myriel, Jean Valjean se demanda si le bonheur lui était permis.