Le Nautilus longea les côtes de l'Amérique, puis mit le cap sur le Pacifique. Chaque jour apportait sa moisson de merveilles. Les hublots du salon s'ouvraient sur des jardins de corail, des forêts de gorgones, des bancs de poissons aux couleurs impossibles.
Le capitaine Nemo nous proposa une chasse sous-marine dans la forêt de Crespo. Équipés de scaphandres Rouquayrol-Denayrouze, améliorés par Nemo lui-même, nous descendîmes dans cet univers d'une beauté hallucinante.
Sous l'eau, le capitaine était différent. La rigueur froide s'estompait. Il marchait parmi les coraux avec la familiarité d'un propriétaire dans ses jardins. Il me montrait une holothurie rare, un poisson-pierre camouflé contre une roche, une méduse lumineuse grande comme un parasol.
Ned Land, lui, avait un autre objectif. Armé de son harpon, il scrutait les profondeurs. Plusieurs fois, je le vis bander son geste, prêt à frapper. Mais chaque fois, le capitaine posait la main sur son bras et secouait la tête.
La forêt sous-marine de Crespo reste dans ma mémoire comme l'une des visions les plus étranges de toute mon existence. Ces arbres de couleur — car c'est ainsi que je ne puis m'empêcher de les appeler — ces lianes d'algues, ces arches de pierre que le corail décorait, tout cela formait un monde complet, un monde silencieux et fascinant.