Nous traversions l'Atlantique équatorial lorsque le Nautilus s'immobilisa soudainement. Les hublots s'éclairèrent d'une lueur intense.
Dehors, un spectacle extraordinaire nous attendait. Des milliers de calmars, de l'espèce des Dosidicus gigas, formaient une masse compacte qui s'étendait à perte de vue — un fleuve noir et palpitant, large d'un mille, long de plusieurs. Ils semblaient fous, se combattant entre eux, se dévorant, s'entremêlant dans un chaos silencieux.
"C'est le combat de la mer, dit le capitaine Nemo qui m'avait rejoint. Ces calmars s'attaquent à tout, même aux grandes baleines. La mer est cruelle, monsieur Aronnax."
Soudain, plusieurs de ces monstres s'accrochèrent à la coque du Nautilus. Leurs ventouses de caoutchouc dur raclaient les hublots. L'un d'eux, aux tentacules longs de plusieurs mètres, cherchait à s'introduire dans le panneau supérieur.
Nemo donna l'ordre de monter à la surface. Les hommes d'équipage, armés de haches, combattirent pendant de longues minutes. L'un d'eux fut saisi par un tentacule et soulevé de la plateforme. Nemo se précipita, frappa de sa hache la chose qui se débattait. L'homme tomba, inconscient. Ce soir-là, le capitaine Nemo resta seul dans sa bibliothèque, silencieux, le regard absent.