Le Nautilus avait passé Gibraltar par les fonds, navigant dans un courant sous-marin qui filait d'est en ouest — l'inverse du courant de surface, une découverte que Nemo avait faite bien avant les géographes officiels.
Quarante-huit heures. C'est le temps qu'il nous fallut pour traverser toute la Méditerranée, de Gibraltar à Port-Saïd. La Méditerranée en quarante-huit heures, à une vitesse moyenne de vingt-cinq nœuds. Aucun bateau à vapeur de l'époque n'aurait pu le faire.
Nous passâmes au large des côtes d'Espagne et d'Afrique du Nord, au-dessus des ruines antiques de Carthage, entre les îles grecques. À travers les hublots, l'eau méditerranéenne avait cette transparence bleue profonde que les eaux atlantiques n'ont pas.
Devant le canal de Suez, Nemo sourit — un sourire rare, presque affectueux.
"Les hommes ont percé cet isthme pour me faire gagner du temps. Je passe par-dessous depuis que je navigue. Ce canal n'existe pour moi que comme curiosité géographique."
Et effectivement, le Nautilus s'enfonça dans un couloir sous-marin que Nemo avait découvert et cartographié seul — un passage naturel qui reliait la Méditerranée à la mer Rouge, ignoré de tous.