La mer Rouge est la mer des légendes. Moïse l'aurait traversée à pied sec. Les flottes phéniciennes la sillonnaient avant notre ère. Les navires arabes la connaissaient comme leur poche. Et aujourd'hui, les steamers d'Europe à l'Inde l'empruntent par dizaines chaque semaine.
Sous la surface, c'est autre chose. La mer Rouge recèle une flore et une faune d'une richesse extraordinaire. Les coraux y atteignent des dimensions que je n'avais encore jamais vues. Les poissons y affichent des couleurs d'une violence presque irréelle. Et les fonds, à certains endroits, semblent couverts d'un tapis d'algues rouges — d'où peut-être le nom de cette mer.
Nemo m'expliqua que c'était une Trichodesmia erythraeum — une algue microscopique qui, dans certaines conditions, prolifère au point de teinter l'eau en rouge sombre.
Nous passâmes devant La Mecque sans nous arrêter. Puis devant Aden, devant les côtes d'Arabie. Nemo restait impénétrable. Il regardait la mer comme on regarde une vieille connaissance. Je compris peu à peu que ces mers n'avaient aucun secret pour lui. Il les avait explorées, cartographiées, aimées depuis des années. C'était son territoire. Son monde.