La chasse fut longue et difficile. Pendant plusieurs semaines, l'Abraham Lincoln sillonna les mers du Pacifique sans résultat. Le moral de l'équipage baissait de jour en jour. On commençait à murmurer. La prime promise par le gouvernement semblait de plus en plus illusoire.
Le 2 juillet, à deux heures du matin, une lueur phosphorescente apparut à tribord, à une distance de cinq milles. Cette lumière n'était pas immobile : elle se déplaçait à une vitesse prodigieuse, laissant derrière elle un sillage lumineux.
"Parés à la manœuvre !" cria le capitaine Farragut.
L'Abraham Lincoln vira de bord et força de vapeur. La chasse commença, âpre, haletante. Mais le mystérieux animal filait à une vitesse que nos meilleures machines ne pouvaient égaler. Deux heures de poursuite acharnée ne nous rapprochèrent pas d'un encablure.
À l'aube, Ned Land me rejoignit à la proue.
"Monsieur Aronnax, dit-il laconiquement, je commence à croire à votre monstre."
Mais à peine avait-il prononcé ces mots qu'une secousse formidable ébranla la frégate. Je fus projeté par-dessus le bastingage et tombai dans la mer. L'obscurité m'enveloppa. Un corps dur et froid me heurta. La main de Conseil referma sur mon bras.